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mercredi 27 mai 2015

Lao-tseu : Extraits du “Tao-tö king”



Quiconque chérit son corps pour le monde peut vivre dans le monde  

Quiconque aime son corps pour le monde peut se fier au monde. 
(in Tao-tö king, XIII, p. 25)

Les armes sont des instruments néfastes,
elles ne sont pas des instruments de gentilhomme.
Celui-ci ne s'en sert que par nécessité,
car il honore la paix et la tranquillité
et ne se réjouit pas de sa victoire.

Celui qui se réjouit de sa victoire
prend plaisir à tuer les hommes.
Celui qui prend plaisir à tuer les hommes
ne peut jamais réaliser son idéal dans le monde. 
(in Tao-tö king, XXI, p. 49-50)

Lao-tseu

Thibault Marconnet, Rouge est la couleur de mon âme (acrylique), 2015

Lao-tseu, Tao-tö king, Folio Gallimard, 2002, 120 pages, 2 euros

dimanche 1 juin 2014

La joie est un fruit de lumière



Avec l’homme-joie, Christian Bobin continue son chemin de pèlerin du langage, en quête de beauté et de joie.

Ses phrases sont des haltes au bord d’une fontaine, où l’on boit une eau limpide qui nous décrasse l’âme et le corps.

Sa langue a cette force rare que de pouvoir évoquer par des mots, des images poétiques qu’on a le sentiment de pouvoir toucher du bout des doigts.

Par son écriture hautement charnelle, Christian Bobin nous donne à voir l’incarnation des êtres, la présence des choses.

Il nous conduit dans la matière vivante ; il suscite l’épiphanie des corps et fait battre un cœur dans le sein des êtres de papier.

Fabricant de métaphores, il est toujours là où on ne l’attend pas.

Le lire, c’est n’attendre rien. C’est apprendre à s’ouvrir à l’imprévu, au jaillissement impétueux de l’imaginaire.

Au fil des pages, apparaissent des traces noires sur un ciel blanc : c’est le noircissement du papier obtenu grâce aux petites bougies que sont les mots de Christian Bobin.

À chaque lecteur de mettre ses mains en auvent pour que ces flammes légères et graciles ne s’éteignent pas.

D’œuvre en œuvre, Bobin nous invite à voir autrement, avec une plus grande pénétration. Il nous convie à savoir faire de chaque instant une source d’émerveillement.

Sa plume est une baguette de sourcier qui fait naître des havres de verdure dans le désert.

Christian Bobin tranche les ronces de la grisaille quotidienne. Ce faisant, il nous ouvre un passage jusqu’à la clairière où il nous sera donné de respirer plus amplement.

Par son regard lucide, il défait tout manichéisme :

« J’ai pris la main du diable. Sous ses ongles noirs j’ai vu de la lumière. »

Son verbe est une sagaie qui se fiche droit dans le cœur.

Dans son verger poétique, la joie est un fruit, un fruit de lumière.

La joie, c’est comme la beauté : on n’en est jamais désaltéré.


© Thibault Marconnet
07/12/2013


Ici, Christian Bobin nous parle de son livre La grande vie :

Christian Bobin à La Grande Librairie

et là, de L'homme-joie :

Christian Bobin : La Confiance (Les Racines du ciel)


Christian Bobin (Crédit photo : Manuel Braun)


Thibault Marconnet, Le Joyeux, 2012

mardi 8 avril 2014

Prière (Armand Robin)

Thibault Marconnet, Christ ressuscité, 2012



Mère qui fus si sainte dans ta simple vie
De bruyère ignorée,
J’ai besoin que tes doigts harassés mais vaillants
Me montrent le Christ,
Ce bon seigneur qui fleurissait sur les vitraux.

Mère, si le Christ existe, tu es près de lui,
Là-haut sur ce ciel courbe,
Tu te penches près de lui comme un trèfle.

S’il existe, dis-lui
Que ton fils dans un enfer mène sa vie,
Qu’il a besoin de passer humblement près de lui.

Dis-lui
Que je voulais n’avoir pas besoin de lui.


© Armand Robin
(in Le cycle du pays natal, p. 72)

Particules de l'impossible

Thibault Marconnet, L'Angoisse du clown, 2012


L'égarement est une forme de trouvaille : pure et sans conditions.

À Antonin Artaud, pour ce qu'il a pu m'inspirer


Dans le coeur
Une saillie de ténèbres
Volcaniques, essentielles
Celui qui n'a pas marqué 
Son pas d'un filtre d'ombre
N'a pour écho
Que le vide infécondé

Dans le ventre
Une émanation de larves
Ensemble
Copulent les industries
Du sperme et de la digestion
Comme une mort lente
Une religion proclamée
De jouir du manger
Tout autant que la carne de l'autre

La peau ne peut s'élever
S'arracher, s'extirper
Qu'à condition
D'y laisser sa jouissance
De ruminant

Le sang est une carie
Qui ne grince au milieu
Qu'à l'appel de l'autre
Vous me répondrez
Que le corps est fait pour exulter
Douce illusion de ce bas monde

Je ne me nomme plus
Je ne m'attends plus
Je me devance
Et puisqu'il faut
Répondre de ses pensées
Je ne pense plus

Les couloirs où l'on crie
Où chacun beugle pour soi
Dans cette promiscuité
Des hurlements de l'être
Il n'est pas de mort plus laide
Que la vie réduite à l'état de paralysie
Que l'intimité engrossée
Par des hommes et des femmes
Plus voyeurs qu'un démiurge

L'irréel n'est pas
Une porte de secours
L'irréel est cette matière
Que voit l'être sensible
Et qu'il supplie 
De ne plus voir

Mais il ne peut en être autrement
Son miroir, sa quête, sa lame de nuit
Lui sont choses obligées
Car c'est de là
Que naissent ses métamorphoses :
Dans les brèches et les plaies
De cette irréalité
Nue, sans artifices
Et qu'il porte en lui
Comme un enfant visionnaire
Aux yeux troués

Dans cette prison
Où la vulgarité
Se veut conscience
Ne restent que deux écueils :
L'imaginaire et la mort
Et si parfois l'imaginaire est mort
La mort n'est pas imaginaire

Les poings dans les orbites
Celui-là pleurait
Les veines dans la bouche
Un autre ne savait plus que dire
Et tous deux se reniaient
Se mangeaient l'esprit
Par perte du coeur

La vérité demeure à l'âme
Ce que la clef est pour le mur :
Une impossibilité.


© Thibault Marconnet

27 janvier 2008


Thibault Marconnet, Axis Mundi, 2013