Avec l’homme-joie, Christian Bobin continue
son chemin de pèlerin du langage, en quête de beauté et de joie.
Ses phrases sont des
haltes au bord d’une fontaine, où l’on boit une eau limpide qui nous décrasse
l’âme et le corps.
Sa langue a cette
force rare que de pouvoir évoquer par des mots, des images poétiques qu’on a le
sentiment de pouvoir toucher du bout des doigts.
Par son écriture
hautement charnelle, Christian Bobin nous donne à voir l’incarnation des êtres,
la présence des choses.
Il nous conduit dans
la matière vivante ; il suscite l’épiphanie
des corps et fait battre un cœur dans le sein des êtres de papier.
Fabricant de
métaphores, il est toujours là où on ne l’attend pas.
Le lire, c’est
n’attendre rien. C’est apprendre à s’ouvrir à l’imprévu, au jaillissement
impétueux de l’imaginaire.
Au fil des pages,
apparaissent des traces noires sur un ciel blanc : c’est le noircissement
du papier obtenu grâce aux petites bougies que sont les mots de Christian
Bobin.
À chaque lecteur de
mettre ses mains en auvent pour que ces flammes légères et graciles ne
s’éteignent pas.
D’œuvre en œuvre, Bobin
nous invite à voir autrement, avec une plus grande pénétration. Il nous convie à
savoir faire de chaque instant une source d’émerveillement.
Sa plume est une
baguette de sourcier qui fait naître des havres de verdure dans le désert.
Christian Bobin tranche
les ronces de la grisaille quotidienne. Ce faisant, il nous ouvre un passage
jusqu’à la clairière où il nous sera donné de respirer plus amplement.
Par son regard lucide,
il défait tout manichéisme :
« J’ai pris la
main du diable. Sous ses ongles noirs j’ai vu de la lumière. »
Son verbe est une
sagaie qui se fiche droit dans le cœur.
Dans son verger
poétique, la joie est un fruit, un fruit de lumière.
La joie, c’est comme
la beauté : on n’en est jamais désaltéré.
© Thibault Marconnet
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| Christian Bobin (Crédit photo : Manuel Braun) |
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| Thibault Marconnet, Le Joyeux, 2012 |