De manière littérale, "sémaphore" signifie "porter un signal".
C'est la tâche que je fais mienne à travers ce blog : transmettre des signaux à ceux qui veillent encore dans la grisaille du siècle.
Il y sera question d'Art principalement. À savoir que l'Art n'est pas un divertissement futile mais peut-être l'une des meilleures façons de poser des questions aux "animaux parlants" que nous sommes.
Les
arbres sont les grands veilleurs de la forêt, les témoins tranquilles de la vie
qui se moque du temps calculateur des hommes.
Nids
pour les oiseaux, garde-manger pour écureuils et autres animaux des bois, ils
sont des figures protectrices, tutélaires : les chevaliers immobiles de l’éternelle
féerie de la Nature.
Les
feuillus, à travers le cycle recommencé des saisons, nous enseignent que la
mort de même que la vie ne sont, au fond, que des apparences, les
manifestations d’un mystère insondable et plus clos que la bogue d’une châtaigne.
Qui se pique d’y comprendre quoi que ce soit ne fait que se frotter d’autant
plus au silence impénétrable.
Nous
autres humains, devrions apprendre davantage de ces géants qui sont comme les
piliers ou les totems sylvestres de la merveilleuse Voie lactée.
Points
d’exclamations verts de la Beauté du monde, tels sont les “Arbres extraordinaires”.
Le
papier de chaque livre, ne l’oublions pas, est testament du bois.
CE QUE CHAQUE HOMME EST, EXACTEMENT, NUL
NE POURRAIT LE DIRE…
Ce
que chaque homme est, exactement, nul ne pourrait le dire. Les plus favorisés
peuvent tout au plus, invoquer des ascendants rencontrés, il y a plusieurs
siècles, dans les encognures ténébreuses de l’histoire et dont les noms
inscrits en de très vieux parchemins, peuvent se lire encore sur de rares
tombes que le temps n’a pas émiettées.
Les
croquants dont je suis ne savent rien ou presque rien au-delà de leurs aïeux
immédiats, paternels ou maternels ; mais les uns comme les autres ignorent
invinciblement leur parenté surnaturelle,
et les gouttes d’un sang plus ou moins illustre dont se réclament les superbes
ne constituent pour personne l’IDENTITÉ.
Vous
pouvez savoir qui vous engendra, mais, sans une révélation divine, comment
pourriez-vous savoir qui vous a conçu ? Vous croyez être né d’un acte,
vous êtes né d’une pensée. Toute génération est surnaturelle. L’état civil dont
vous êtes quelquefois si fier ne sait absolument rien de votre âme et son
registre de néant ne peut mentionner que votre corps catalogué à l’avance pour
le cimetière. S’il existe un arbre généalogique des âmes, les Anges seuls
peuvent être admis à le contempler. Les autres arbres ainsi dénommés sont
décevants et incertains. La généalogie des âmes ! Qui peut comprendre
cela ?
Vous
êtes le fils ou le petit-fils d’un grand homme. Si vous n’êtes pas précisément
un avorton, on vous dira que vous avez hérité de son âme, comme si ce lieu
commun avait un sens. Chacun de nous a une âme infiniment différente des autres
âmes et dont la provenance est un mystère. Elle vient d’en haut ou d’en bas, de
très loin ou de très près mais elle va où elle doit aller, infailliblement. Il
y a des êtres humains écrasés par leur âme qui paraît trop grande pour eux et
il y en a une infinité qui ne la sentent même pas. Et cependant ils n’ont que
cela, les uns et les autres, et il n’est pas possible d’y rien changer.
Âmes
de saints, âmes de poètes, âmes de barbares, âmes de pédants ou d’imbéciles,
âmes de cent mille bourreaux pour une seule âme de martyr, âmes sombres ou
lumineuses, d’où venez-vous et quelle Volonté inscrutable vous a
réparties ?
Je
sais bien que je suis né à telle époque, en un lieu déterminé, et que j’ai un
nom parmi les hommes. J’ai eu un père et une mère, j’ai eu des frères, des amis
et des ennemis. Tout cela est indubitable, mais j’ignore le nom de mon âme, j’ignore d’où elle est
venue et, par conséquent, je ne sais absolument pas qui je suis. Quand elle
quittera mon corps, celui-ci tombera en poussière et les chères créatures qui
me survivront en pleurant, héritières de mon ignorance, ne pourront me désigner
dans leurs prières que par le nom d’emprunt qui servit à me séparer un peu des
autres mortels.
J’ai
pensé bien souvent à cette peine étrange qui semble n’affliger personne.
« Quel
est », ai-je écrit un jour, à propos du théâtre ou même du
roman-feuilleton, « quel est le secret suprême, irrésistible, l’arcane
certain, le sésame de Polichinelle
qui ouvre les cavernes de l’émotion pathétique et fait sûrement et divinement
palpiter les foules ? Ce secret fameux, c’est tout bonnement l’incertitude
sur l’identité des personnes. Il y a toujours quelqu’un qui n’est pas ou qui
pourrait ne pas être l’individu qu’on suppose. Il est nécessaire qu’il y ait un
fils dont on ne se doutait pas, une mère que personne n’aurait prévue, ou un
oncle plus ou moins sublime qui a besoin d’être débrouillé. Tout le monde finit
par se reconnaître et voilà la source des pleurs. Depuis Sophocle ça n’a pas
changé. Ne pensez-vous pas, avec moi, que cette imperdable puissance d’une idée
devenue banale tient à quelque pressentiment très profond, interrogé depuis
trois mille ans et depuis toujours, par les tâtonnants inventeurs de fables,
comme Œdipe aveugle et désespéré cherche la main de son
Antigone ?... »
Ego dixi :Dii estis et
filis Excelsi OMNES.
Vous êtes des Dieux et vous êtes tous les fils du Très-Haut. Oracle de
l’Esprit-Saint corroboré par le dogme catholique de la Communion des Saints. Je
suis Dieu et fils de Dieu, c’est donc certain, mais il y en a d’autres, en
nombre infini, et je ne sais pas quel est mon plus proche, mon proximus, comme dit l’Évangile.
Selon
la parenté spirituelle qui m’est inexorablement cachée, il y a peut-être, en
quelque désert, un sauvage horrible de qui l’âme est sœur jumelle de la mienne,
et il se peut aussi que nos deux âmes soient, en même temps, cousines-germaines
de celle de l’odieux Guillaume de Hohenzollern ou de tout autre impardonnable
profanateur de la Face du Dieu vivant qui le fit à sa Ressemblance.
Tout
cela est certainement possible, et j’ose dire, du fond de mes ténèbres, que
plus ces rapprochements font peur, plus ils sont probables. C’est de quoi
s’humilier profondément.
Dès
lors qu’un être doté d’une extrême sensibilité est considéré comme “malade” par
la société qui est la sienne, alors le monde déshumanisant et insensible à
l’excès qui est devenu le nôtre, est décidément bien le plus malade qui soit.
Quand l’homme plein de douleur est traité comme un inférieur, alors la société
qui ainsi le condamne, n’a véritablement plus rien de supérieur. Comme il est
dit que “le riche doit être le serviteur du pauvre”, alors c’est à l’homme sain
qu’il incombe d’épauler celui qui souffre. Sinon, rien ne pourra jamais être
sauf de ce qu’il en est de l’âme humaine.
Écrire
est façon de sortir de soi quand on étouffe. Les mots qu’on trace sur le papier
avec le sang de son cœur, sont des fruits de renaissances, des floraisons
nouvelles. L’écriture est un exutoire, une porte ouverte sur le plein mystère
qui aveugle dès lors qu’on croit le deviner. Et notre société, parce qu’elle croit
voir et savoir n’aime pas beaucoup le mystère, on s’en doute. Or, à ce que je
crois, l’homme vit essentiellement du mystère. De grâce, n’écoutez jamais ceux
qui vous diront le contraire. Car, plus que jamais, le poète est là pour dire
bien haut ce que d’autres voudraient taire.