« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté,
modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. »
Antonin Artaud
(in Van Gogh ou le suicidé de la société)
Avec Horizons, Bertrand Cantat & Pascal Humbert affirment ensemble
une forte pulsion de vie, une belle volonté créatrice.
Bertrand Cantat se
débarrasse de peaux mortes afin de mieux renaître. Phénix sous les cendres, il
se métamorphose.
À coups de mots, il brise le
fourreau de suie qui le tenait prisonnier et tente une échappée au-dehors.
Cependant, Cantat n’est pas dupe : il sait bien que l’on ne peut
s’extirper de soi-même. Demeure malgré tout, la possibilité d’exprimer le
poison qui coule en soi, afin que celui-ci ne détruise pas entièrement l’être.
Cet album de clair-obscur
s’annonce comme une possible survivance.
Chanter est façon de sortir
de soi. Les images sont nues, tranchantes.
Bertrand Cantat avance dans
sa nuit noire – trouée çà et là de maigres lumières –, tel un funambule sur une
lame de rasoir.
Le chanteur aux hululements
de chaman chante son exil, sa douleur ; sa voix étouffe le verbiage des
inénarrables commères et sa musique balaye la lueur sale des néons de
l’audimat.
« Dors mon ange de
désolation / Dès que le vent aura tourné / Nous ferons diversion / Et tu
m’emmèneras […] / Dans leurs paniers à ordures / Il y aura cinq cents dix
versions / Pour engraisser les porcs […] Dors mon ange […] L’éternité nous
appartient / Chaque seconde la contient »
L’empreinte carcérale
demeure, présente comme une stèle de bronze.
Mais l’âme déploie ses
forces vitales pour chercher l’horizon salutaire entre les interstices.
Cet album dévoile toute la
capacité créatrice de Bertrand Cantat, après le divorce consommé entre lui et
ses anciens compagnons de route.
Contrairement à feu Noir
Désir, les mélodies de Détroit se font plus apaisées : il n’est plus
besoin de crier pour se faire entendre. Le lézard peut entamer sa mue.
Après la couleur rouge sang
de ces dernières années, un peu d’ocre vive est nécessaire pour continuer
d’exister.
Le morceau Droit dans le soleil, est une fenêtre
ouverte sur la lumière :
« On ne renonce pas, on
essaye / De regarder droit dans le soleil […] On n’se console pas, on
s’enraye / Mais on regarde droit dans le soleil […] Tourne tourne la terre /
Tout se dissout dans la lumière / L’acier et les ombres qui marchent à tes
côtés »
L’album Chœurs, composé pour des mises en scène de Wajdi Mouawad, annonçait
déjà une belle évasion vers d’autres territoires. Bertrand Cantat y côtoyait
les mythes grecs et leur incroyable violence comme pour aller se frotter au
plus près de l’épine. Chœurs fut une
première catharsis.
À présent, ce cœur qui a
tant battu se relève et le sabre du soleil lacère la brume environnante.
Dans la voix monte encore la
sève, vive et brûlante.
© Thibault Marconnet
le 17 novembre 2013
Tracklist :
01 - Ma Muse
02 - Glimmer In Your Eyes
03 - Terre Brûlante
04 - Détroit - 1
05 - Ange De Désolation
06 - Horizon
07 - Droit Dans Le Soleil
08 - Détroit - 2
09 - Le Creux De Ta Main
10 - Sa Majesté
11 - Null And Void
12 - Avec Le Temps
13 - Sonic 5
13 - Sonic 5
Lien Deezer : Détroit - Horizons [2013]
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| Détroit : Pascal Humbert & Bertrand Cantat |


