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lundi 3 février 2014

Adamève

Egon Schiele, Liegender weiblicher Akttorso, 1910



Gonfle mon sexe
Comme une croix dressée
Au-dessus de l’abîme.

Adam en soumission,
De Dieu n’est que la victime :
Faible couard au cœur blessé !

Viens, toi le Ressuscité,
Le Crucifié de la fin des temps
Du temps de la fin misérable,
Boire à ma semence première.

Eve, que ne parcoures-tu, nue
Ce qui te creuse la bouche ?
Ce monolithe qui te fait désirable
Et te mouille dans ta nuit altière ?

Vespérale créature
Apportée par le grain noir,
Tu sèmes – comme on rature –
Un peu de ce vin d’ivoire.

Et puis ça tambourine
Entre tes reins !
Ce soulier de ballerine
Entre tes mains !

Sois tout ! homme et femme
Dans les sanglots de la chair ;
Quand cogne ton âme
Contre les parois de l’enfer !

Prends ce tesson de peau
Comme un glaive blanc
Dans ton ventre ténébreux !

Grince, ronge, mords les mots !
Adam ! Eve ! prête ton flanc !
Viens me térébrer, me tordre
Comme un tronc noueux !

Alchimiste de la fièvre,
Tu ne peux en démordre
Quand mes crocs
Te dilacèrent la lèvre !

C’est la cerise en fleur
Que tu manges, ma brebis ;
Et c’est du pieu la liqueur
Que tu boiras, racine de Paradis !


© Thibault Marconnet

21/05/2013


Egon Schiele, Nu masculin assis (autoportrait), 1910