Winter Sleep est un film de toute beauté, qui montre à
quel point une “tour d'ivoire” peut se fissurer sans retour. Nuri Bilge Ceylan
nous livre ici ce qui est, à mes yeux, son plus grand film : il rejoint la
sobriété sans égale de cinéastes tels que Béla Tarr ou Bruno Dumont.
Le
personnage principal verra sa vie bouleversée de fond en comble. En
sortira-t-il plus grand ? Blessé à vie indéniablement. La neige est comme la vérité
: elle brûle aussi sûrement que le feu.
Tout
le film baigne dans une aura de clair-obscur et “l'âme russe” y plane comme
l'ombre d'un bouleau sur une lande enneigée : en effet, les œuvres de Tchekhov
ont été une grande source d'inspiration pour l'élaboration de Winter Sleep. Nous avons affaire là, à
une œuvre cinématographique où chaque mot, chaque image comptent.
Le
réalisateur turc nous raconte une histoire au caractère universel et l'âme
humaine s'y retrouve dans tous ses aspects tragi-comiques. Et savoir encore
raconter une histoire de nos jours, voilà qui est devenu une denrée rare. “C'est
rare, un style, monsieur !” comme le disait Louis-Ferdinand Céline lors d'une
interview.
La
Palme d'Or n'apporte aucune caution supplémentaire à la beauté de ce film :
ici, pas de strass et de paillettes (comme c'est le cas à Cannes) mais l'humain
dans ses déchirures les plus intimes, dans sa solitude la plus crue et la plus
véritable.
© Thibault Marconnet
le 27 novembre 2014
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| Nuri Bilge Ceylan |



