Affichage des articles dont le libellé est Expressionnisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Expressionnisme. Afficher tous les articles

dimanche 16 février 2014

Lingus

Egon Schiele, Fille aux cheveux noirs sans jupe, 1911


La vigne soupire au long baiser
Sur la fine dentelle carmine
Où sautille la charmante rosée
Emperlant la folle cardamine

De ce vase clos jaillit le mystère
De ce calice aux océans troublés
Sous des parfums d’écumes et de terre
Au-delà des langueurs de la canopée

Ce morceau de mauve calligraphie
Dégorge l’encre des étoiles
Dans le parchemin lilas de la nuit
S’élève la tiédeur des voiles

Lorsque sa bouche me laisse reposer
Ainsi par le colimaçon de la peau
S’entrouvrent par ma langue les voluptés
De la virgule où s’arrêtent mes mots.


© Thibault Marconnet

26/10/07

Gustav Klimt, Liegender Halbakt (masturbierend), 1912-1913

mardi 4 février 2014

Lune

Egon Schiele, Le cardinal et la nonne, 1912



Dans ta bouche,
Prends toute ma croix offerte :
J’y pleurerai des larmes d’hostie.

Je vais où ton désir se couche,
Mouiller mes lèvres à tes larmes secrètes
Et rompre le pain de ton corps béni !

Sous ta peau file un sable rouge
Qui palpite à ton sein comme un tambour ;
Ô ! épanche ma langue de ton jus de poire !

Sens-tu dans ta paume ce lys qui bouge ?
C’est le temps des moissons d’or, des chauds labours :
Et je vais nu dans le sentier du soir !

Mon âme chante par ta voix fiévreuse ;
Quand l’archet effleure le violon :
La pluie des peaux est lumineuse !

Vois ces sanglots de cire, mon ardente rêveuse,
Qui vont où la mer les emporte comme un don :
Brûler comme des cierges la soie joyeuse !

Toi seule sait où fleurit l’orage ;
Quand tu mâches la résine du soleil :
Tout est foi dans ton ventre, tout est fruit !

Je vois l’épi jaillir dans tes yeux et ton visage,
Quand le calice accueille l’épée de l’abeille :
La lune est un quignon d’ambre dans l’ébène de la nuit.


© Thibault Marconnet

Schwangau, en Bavière, le 13 juillet 2013.


Egon Schiele, Umarmung, 1912

lundi 3 février 2014

Adamève

Egon Schiele, Liegender weiblicher Akttorso, 1910



Gonfle mon sexe
Comme une croix dressée
Au-dessus de l’abîme.

Adam en soumission,
De Dieu n’est que la victime :
Faible couard au cœur blessé !

Viens, toi le Ressuscité,
Le Crucifié de la fin des temps
Du temps de la fin misérable,
Boire à ma semence première.

Eve, que ne parcoures-tu, nue
Ce qui te creuse la bouche ?
Ce monolithe qui te fait désirable
Et te mouille dans ta nuit altière ?

Vespérale créature
Apportée par le grain noir,
Tu sèmes – comme on rature –
Un peu de ce vin d’ivoire.

Et puis ça tambourine
Entre tes reins !
Ce soulier de ballerine
Entre tes mains !

Sois tout ! homme et femme
Dans les sanglots de la chair ;
Quand cogne ton âme
Contre les parois de l’enfer !

Prends ce tesson de peau
Comme un glaive blanc
Dans ton ventre ténébreux !

Grince, ronge, mords les mots !
Adam ! Eve ! prête ton flanc !
Viens me térébrer, me tordre
Comme un tronc noueux !

Alchimiste de la fièvre,
Tu ne peux en démordre
Quand mes crocs
Te dilacèrent la lèvre !

C’est la cerise en fleur
Que tu manges, ma brebis ;
Et c’est du pieu la liqueur
Que tu boiras, racine de Paradis !


© Thibault Marconnet

21/05/2013


Egon Schiele, Nu masculin assis (autoportrait), 1910