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vendredi 7 mars 2014

L'heure est venue de s'asseoir un moment (Rabindranath Tagore)

Odilon Redon, Le sacré-coeur, 1910


J’implore un moment d’indulgence.
Qu’il me soit permis de m’asseoir à Ton côté.
Le travail en cours attendra bien un instant.

Car loin de Ton visage
Mon cœur ne connaît ni repos ni répit.
Le travail en cours est une peine infligée
Sans but et sans dessein, sans promesse d’accomplissement.

Aujourd’hui l’été m’adresse un clin d’œil par la fenêtre,
Les abeilles butinent le jardin en fleurs,

L’heure est venue de s’asseoir tranquillement,
En tête à tête avec Toi et de chanter pour consacrer la vie
Dans ce silence qui m’inonde et me repose.



Odilon Redon, Le Bouddha, 1905

 © Rabindranath Tagore

(in De l’aube au crépuscule, p. 35)


Rabindranath Tagore et la braise noire de son regard

Délivrance (Rabindranath Tagore)




Je ne me délivrerai pas en me renonçant.
Je sens l’étreinte de la liberté dans les mille liens des délices
Et je me délivre en m’y attachant.

A jamais pour moi Tu verses le jus frais de Ton vin.
De ses mille saveurs, de ses mille couleurs,
Tu emplis jusqu’au bord ce calice d’argile.

A jamais le monde qui est le mien scintillera de cent lampes
Allumées à Ta flamme
Déposées sur l’autel de Ton temple
Ici-bas.

Non, je ne fermerai pas les portes de mes sens.
Car je veux par la Vue, l’Ouïe et le Toucher
goûter tous les plaisirs que Tu m’as donnés.

Oui, je ferai de mes illusions un grand feu de joie
Où se réchaufferont tous mes désirs trop verts
Pour devenir un jour
Les fruits mûrs de l’amour.


Odilon Redon, La couronne


© Rabindranath Tagore

(in De l’aube au crépuscule, p. 31-32)


Rabindranath Tagore