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mercredi 23 novembre 2016

Confusion dans le tribunal de l'âme : “Le Client” d'Asghar Farhadi



“Le Client” - dernier film en date du réalisateur iranien Asghar Farhadi - est une expérience cinématographique bouleversante, qui nous laisse sous le choc. Au début, on se dit que ce ne sera qu'un film assez banal, un de plus à rajouter à la liste de tous ceux que l'on a déjà vus... mais les événements vont aller crescendo pour nous mener jusqu'à une apothéose déchirante et pour le moins inattendue. Le scénario est digne du travail d'un orfèvre. Ce qu'il y a de magnifique et de profondément troublant dans ce film, c'est qu'on ne peut pas tranquillement prendre position pour une personne ou une autre : impossible de s'arranger avec sa conscience. Il n'y a, dans cette histoire, aucun “coupable” et aucun “innocent”, au sens absolu : simplement un chapelet de coïncidences malheureuses qui vont nouer les personnages les uns aux autres de manière tragique. C'est notre humanité si fragile - avec ses lâchetés, ses compromissions, ses colères, ses non-dits, ses douleurs - que nous donne à voir Asghar Farhadi dans sa nudité la plus terrible et la plus crue. À condition d'avoir encore un cœur qui bat dans la poitrine, on ne ressort pas indemne d'un tel film.


© Thibault Marconnet

le 23 novembre 2016

Bande-annonce : 


Asghar Farhadi : Entretien avec Laure Adler (L'heure bleue/France Inter) :


Sonita Alizadeh - Brides For Sale :



Asghar Farhadi © Photographie Denis Rouvre pour Télérama

samedi 31 mai 2014

L'homme et le crabe



Mars, de Fritz Zorn est une œuvre "unique", au sens plein de ce terme.

Unique parce que la seule que cet écrivain ait eut le temps d’écrire.

Mort à 32 ans d'un cancer, celui dont le nom de famille était "Angst", ce qui signifie "Peur" en allemand, s'est offert une renaissance, en choisissant comme nouveau nom de baptême celui de "Zorn", qui signifie "Colère".

Le "crabe" marche toujours de côté.

Après l'annonce de son "cancer", Fritz Zorn quant à lui, est allé droit de l'avant piétiner le vieil héritage mortifère de sa famille : le legs d'une société étouffant au sein d'une morale chrétienne maladive, qui a toujours cru bon de devoir se séparer de la sexualité, de la nier et de lui ôter tout plaisir, tout érotisme ; d'en faire une chose vide et inerte, un acte laid et sale dont on répugne même à mentionner l’existence.

Fritz Zorn s'est débarrassé de la peau morte d'une vie castrée et, avant que de mourir, il s'est rebaptisé par la foudre.

En revêtant les oripeaux de Mars et en brandissant son épée vengeresse, il a témoigné en vivant pugnace, en homme libre : dans une juste colère.

Il est des mots qui, puisés au sein de cet ouvrage, me servent de viatique au quotidien :

« Je crois que ne-pas-vouloir-déranger est quelque chose de mauvais parce qu’il faut justement qu’on dérange. Il ne suffit pas d’exister ; il faut aussi attirer l’attention sur le fait qu’on existe. Il ne suffit pas simplement d’être, on doit également agir. Mais qui agit dérange – et cela au sens le plus noble du terme. »

Son livre "unique" est une œuvre qui cogne comme un cœur battant.

Ite Missa Est.


© Thibault Marconnet
19/05/2013

Fritz Zorn


Ici, une lecture admirable d'extraits de Mars par Guillaume Gallienne pour son émission Ça peut pas faire de mal, diffusée tous les samedis sur France Inter :




Guillaume Gallienne lit Fritz Zorn