De manière littérale, "sémaphore" signifie "porter un signal". C'est la tâche que je fais mienne à travers ce blog : transmettre des signaux à ceux qui veillent encore dans la grisaille du siècle. Il y sera question d'Art principalement. À savoir que l'Art n'est pas un divertissement futile mais peut-être l'une des meilleures façons de poser des questions aux "animaux parlants" que nous sommes.
mardi 6 juin 2023
jeudi 24 décembre 2020
Augiéras, le Grand Vivant
L'œuvre de François Augiéras est une entière approbation de l'existence ; un témoignage fervent des douleurs et des plaisirs gravés à même la chair.
dimanche 13 décembre 2020
L’union
Louise, une jeune femme d’une trentaine d’années, marchait dans une épaisse forêt, le souffle court, oppressée par l’atmosphère qu’elle sentait émaner autour d’elle et en soi. Elle avait quitté précipitamment sa maison, dans laquelle elle vivait seule, sans savoir où ses pas la mèneraient.
Depuis trop longtemps la nuit avait pris possession de son âme, comme un gros ballon de colle noire. Son ombre ne la suivait plus, elle s’était fondue en elle pour prendre toute la place. Le ciel était gris comme la ferraille d’une tôle ondulée, et Louise se sentait prisonnière de sa propre peau. Comme elle aurait voulu pouvoir muer ! arracher ce tissu qui l’étouffait et l’abandonner derrière elle ainsi qu’un serpent fait de sa peau morte.
Lorsqu’elle déboucha dans une clairière, le soleil lui sauta au visage ainsi qu’un chat qui, pris de fureur, griffe et mord jusqu’au sang. Où cacher son corps, à présent qu’une lumière verte avait envahi toute l’herbe ?
Malgré les javelots d’or du soleil et le chant matinal des oiseaux, tout lui semblait pénétré de mort, jusqu’aux plus intimes racines de sa chair. Un fantôme : voilà comment elle imaginait son être ; un feu follet dont la lumière blafarde est avalée et mastiquée inlassablement par la bouche morte du ciel. Louise aurait voulu serrer un homme contre elle, se couvrir de ce corps masculin comme d’un manteau protecteur. Alors seulement, peut-être se sentirait-elle revivre à nouveau, baignée dans la chaleur d’une peau qui aime.
Elle regarda les stèles en bois des arbres muets. Il fallait fuir ce cimetière, s’échapper, courir jusqu’à sentir l’air lui brûler la poitrine, cracher sa mort, pleurer tout le sel de ses yeux – regagner le seuil de la vie. Elle repensa aux nuits d’amour. Cela était-il donc bien fini ? Non ! Il lui fallait d’abord se réconcilier avec ses forces vives, ouvrir son sein pour y laisser entrer la lumière fauve et animale d’un corps qui désire de toute son âme.
Elle sentit la terre chaude à ses pieds, couchée comme une immense femme, lui communiquer le feu ardent de son magma souterrain. Elle allait aimer jusqu’à plus souffle les fleurs, la sève des arbres, l’eau dorée des rivières ; elle allait reprendre vie.
Louise ouvrit son être à toute la beauté vivante qui palpitait autour d’elle. Une vague de pitié la traversa tout entière : elle pleura sur elle-même et ses larmes furent douces. L’amour redevenait peu à peu maître de sa peau, de même qu’un renard regagne la paix de son terrier.
Louise faisait enfin corps avec soi. Pour ne rien perdre de cette union solaire retrouvée, elle rentra en elle-même et elle ferma la porte.
© Thibault Marconnet
le 24 juillet 2015
samedi 24 octobre 2020
Le livre intérieur
jeudi 13 septembre 2018
Le bleu, le blanc et le rouge
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| Jacques-Louis David, Le serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789, 1791, Musée Carnavalet |
lundi 2 juillet 2018
Pas de printemps pour les morts en sursis
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| Jakub Schikaneder (1855-1924), Posledni pomazani (Extrême-onction), 1897 |
| Jakub Schikaneder (1855-1924), Stmívání, 1909 |
samedi 28 avril 2018
Six haïkus (Impressions japonaises)
vendredi 6 avril 2018
Le gâteau aux oranges
dimanche 25 février 2018
Simone Schwarz-Bart : “Pluie et vent sur Télumée Miracle” (Citation)
« Parole après parole, le visage de Reine Sans Nom s’amenuisait et je ne savais comment lui dire de se taire, et elle chuchotait à mon oreille, me désignant d’un doigt la bruine qui tombait doucement du ciel... ce ne sont pas des pleurs, mais une légère buée, car une âme humaine doit regretter la vie... et une douceur extrême passa dans sa voix tandis qu’elle murmurait encore... écoute, les gens t’épient, ils comptent toujours sur quelqu’un pour savoir comment vivre... si tu es heureuse, tout le monde peut être heureux et si tu sais souffrir, les autres sauront aussi... chaque jour tu dois te lever et dire à ton cœur : j’ai assez souffert et il faut maintenant que je vive, car la lumière du soleil ne doit pas se gaspiller, se perdre sans aucun œil pour l’apprécier... et si tu n’agis pas ainsi tu n’auras pas le droit de dire : c’est pas ma faute, lorsque quelqu’un cherchera une falaise pour se jeter à la mer... »
Simone Schwarz-Bart
(in Pluie et vent sur Télumée Miracle, p. 179-180)
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| Simone Schwarz-Bart © Hermance Triay - le seuil.com |
lundi 19 février 2018
La promesse
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| Les Pitons de l'Assekrem dans le massif montagneux du Hoggar... (© Algérie-Monde.com) |
Nourredine était parti tôt d’Alger, la veille au matin. Assis au volant de sa vieille bagnole, il regardait la campagne aride défiler sous ses yeux. Ce coin de l’Algérie, au cœur du Sahara, évoquait de longues et rudes méharées à dos de chameau. Le sable, qui mordait sur l’asphalte brûlant, aveuglait le regard de sa lumière jaune. Le soleil était haut, et le ciel, semblable à une assiette de faïence bleue, paraissait au bord de la cassure, comme sous l’effet d’une trop forte cuisson. Dans les mains de l’homme, le volant était humide de sueur. Nourredine jeta un coup d’œil dans le rétroviseur pour lire la fatigue de son visage, puis il fourragea dans un paquet abîmé à la recherche d’une cigarette qu’il glissa entre ses lèvres sèches. Il fouilla ses poches, en sortit un briquet rouge et la flamme embrasa le tabac. La radio jouait quelques chansons du répertoire chaâbi, que Nourredine se plaisait à fredonner. Sur le siège passager, un téléphone portable se mit à sonner et l’homme décrocha. La voix de Karima résonna à ses oreilles :
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| Vue de l'ermitage du père de Foucauld - Assekrem / Photographie trouvée sur le site suivant : https://www.alaraby.co.uk/gallery/2b858630-5669-4f6f-919c-85e08f8b8d8c/7/ |
vendredi 24 novembre 2017
Une lumière
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| Georges de La Tour, La Madeleine à la veilleuse, 1642-44, (détail) |
le 24 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
Dans les yeux du paon : “Taos” (López/Petrakis/Chemirani)
Dans la belle langue grecque, “taos” (ταώς) signifie “paon” ; et ce titre donne la mesure du nouvel album envoûtant des trois grands musiciens que sont Efrén López, Stelios Petrakis et Bijan Chemirani. À travers onze morceaux, tous plus enivrants les uns que les autres, les trois hommes nous offrent à imaginer la roue merveilleuse d’un paon qui nous fixerait de tous ses yeux. Jetez dès à présent vos vieilles boussoles, car cette musique vous fera perdre toute notion du nord, du sud, de l’est et de l’ouest. Un seul point cardinal en vue : celui de la soif qui nous pousse à vivre envers et contre tout, en quête d’une fontaine de jouvence à laquelle nos lèvres desséchées pourront boire ; afin de poursuivre jusqu’au bout notre pèlerinage terrestre pour retrouver la source de vie et ses multiples facettes. Dans cette méharée fantastique à travers des contrées inconnues, il suffit de se laisser guider en toute confiance. N’ayez nulle crainte : vous êtes en fort bonne compagnie. Sous les doigts agiles de ces trois alchimistes, les mélodies se font paysages, couleurs et sensations charnelles. “Taos” est une prodigieuse invitation à l’extase d’un voyage vers de nouveaux territoires : dans la “douceur de l’amour” (“Siranush”) et des “jours de silence” (“Imeres siopis”) se déploie le vol fragile d’une “libellule” (“Helicobtir”) aux ailes “bleues et jaunes” (“Shin u zer”). Et le plomb du quotidien qui pèse sur nos épaules se change alors en un léger nuage d’or.














