jeudi 6 mars 2014

La bougie éteinte (In Memoriam)

Sylvia Plath dans les années cinquante

Pour Sylvia Plath et pour Jimmy


Sylvia Plath est un bouchon de vin.
Comme une bouteille d'encre vide,
elle flotte je ne sais où dans l'espace, 
dans le monde d'or des mots noirs. 

Elle a soufflé la bougie de son âme en 1963, 
parce que vivre lui faisait trop mal. 
Elle avait trente ans et n'avait plus foi
en sa force créatrice, en son feu primordial.

Son âme était une chambre en flammes
et de vieilles méduses lui donnaient des baisers.
Un matin, le poison collant cacheta ses doigts
et elle s'est exilée un jour d'hiver, à jamais brisée.

Au chant du coq, elle s'est reniée par trois fois,
a préparé le pain pour ses enfants endormis.
Comme une jeune juive, elle s'est gazée,
a enterré les mots avec elle et n'a plus rien dit.

La lumière n'a pas eu raison de la froide nuit.
Mais son œuvre brûle encore comme la toison d'un rubis.


Thibault Marconnet
06/03/2014


James Abbott McNeill Whistler, The Angry Sea, 1884



3 commentaires:

  1. La dédicace m'honore!
    "[...] la toison d'un rubis", c'est beau comme quand ça se termine sur un feu d'amour.
    Merci pour tes mots, ils sont ma lune dans une nuit trop sombre...

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  2. La souffrance peut envahir au delà de l'inimaginable. Le désespoir est une chose effroyable. C'est ce que nos dirigeants cultivent pourtant afin que le consommateur de toute substance naisse. Heureuse de voir, que certains cultivent des feux autres. Je ne la connaissais pas. Merci du partage.

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  3. Nous ne sommes plus copains (je n'ai jamais compris pourquoi...), mais en voyant cet album inspiré par Sylvia Plath, je me suis dis qu'il fallait passer le message...
    http://exystence.net/blog/2015/06/16/kathryn-williams-hypoxia-2015/

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