lundi 2 février 2015

Jean-Louis Murat : Une jolie compile de Keith Michards



« Il fallait une plume suffisamment leste pour parler d'un artiste paysan magnifique.
   Quand Thibault rencontre Murat, quand Jean-Louis croise Marconnet… c'est un peu comme

   une brise qui caresse la lande ou comme un feu qui embrasse le fer. »

Keith Michards

Suite à l’invitation de l’ami Keith, je viens d’écrire un petit texte sur le troubadour arverne pour accompagner sa “jolie compile” ; et non pas pour “raccompagner sa jolie copine”, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! C’est un grand plaisir pour moi que de partager ma passion pour le fils des puys et je vais essayer de faire court, ce qui ne sera pas une mince affaire au vu de l’inconditionnel amour (“aveugle” peut-être, mais pas “sourd”), que je porte à l’œuvre de Jean-Louis Murat.

Tout d’abord, Murat c’est un nom de lieu : Murat-le-Quaire. L’Auvergne et l’Égypte ne font qu’une seule et même terre, que cela soit dit une bonne fois pour toutes. D’ailleurs Moïse n’a pas remonté le Nil dans son berceau d’osier comme nous le dit la “légende dorée”, mais la Dordogne. Oui, ma bonne dame, c’est comme j’vous le dis ! 

Et la manne tombée du ciel n’est pas du pain azyme, loin s’en faut ! c’est du bon Saint-Nectaire : avis aux amateurs. Foin des ragots et des vieilles lunes, c’est en tout cas là que naquit le petit Jean-Louis. L’almanach ne nous dit pas s’il fut entouré d’un bœuf et d’un âne lorsqu’il poussa son premier cri, mais je ne doute pas que quelques meuglements de vaches chantèrent sa venue au monde, accompagnés de chaudes et odorantes bouses. Pour revenir un temps à l’Égypte, les puys auvergnats sont de très anciennes pyramides naturelles, n’importe quel écolier du coin vous le dira. La très belle chanson “Alexandrie” (que vous ne trouverez pas ici : c’est une compile pas une intégrale) fait d’ailleurs force de loi en la matière. Et Dieu sait combien Jean-Louis – Bergheaud de son véritable patronyme –, chérit la toponymie comme pas un. Tout en sibyllines évocations, ses chansons exhaussent les lieux-dits à de véritables sommets poétiques et mystérieux. Quand j’écoute Murat, j’ai des mots inconnus pleins la bouche comme autant de runes d’un autre âge.

Murat n’est pas un doux agneau, même s’il en a tout l’air ici. C’est que, dès l’origine il y a un pépin avec le barde auvergnat : ce cher irrévérencieux a croqué la pomme avec Lilith et, question poésie il est certain que pour lui le “vers” est déjà depuis fort longtemps dans le fruit. Avec cette jolie compile, comme JLM le chante dans “16h00 qu’est-ce que tu fais”, je dois bien l’avouer, « je redeviens puceau » car il y a au moins trois ou quatre chansons qui m’étaient inconnues. Retrouver un peu de virginité auditive ne fait jamais de mal, c’est une façon de rester toujours à l’écoute du volcan qui sommeille en nous ; et, tout autant que de “l’eau”, méfiez vous du volcan qui dort ! 

Chez Murat, il ne faut pas confondre “retour à la terre” et “amour de la chatte”. C’est dit crûment mais autant appeler une mésange par son nom. D’ailleurs, un Jean-Louis Murat qui sort de l’eau, comme la judicieuse couverture nous l’indique, ça n’est pas anodin. C’est bien connu, le Jean-Louis tète la cyprine comme d’autres se biberonnent au pastis. La métaphore extra-utérine, suggérée par cette photographie pour le moins érotique, n’aura sans doute échappé à personne.

Avec ce “Voici” (pas “Gala” pour deux sous !), nous sommes dans de beaux draps : l’ami Keith est allé au plus près de l’âme féminine de Murat… pour notre plus grand délice. Quoi qu’il en soit, le Murat “encoléré” n’est jamais bien loin. Jetez donc un coup d’œil vers le Sancy quand la lune est rousse : il se pourrait bien que vous aperceviez, parmi le vert sombre des sapins et la lumière bleue de la nuit, un lycanthrope hurlant des chants d’amour à Séléné tout en jetant des éclats de foudre depuis le manche de sa guitare électrique. Beau chant ne saurait mentir.

Thibault Marconnet

le 29 janvier 2015




01 - Murat (1982 - Murat)
02 - Uschi (où es-tu passée ?) (1984 - Passions privées)
03 - Pars (1989 - Cheyenne Autumn)
04 - Le mendiant à Rio (1991 - Le Manteau de pluie)
05 - Le matelot (1993 - Vénus)
06 - Saint-Amant (1996 - Dolorès)
07 - Mustang (1999 - Mustango)
08 - Entre deux draps (2001 - Madame Deshoulières)
09 - L'au-delà (2002 - Le moujik et sa femme)
10 - À la morte fontaine (2003 - Lilith)
11 - French Kissing (ft. Jennifer Charles) (2004 - A bird on a Poire)
12 - La chatte (2005 - 1829)
13 - Ce que tu désires (ft. Carla Bruni) (2005 - Mockba)
14 - Est-ce bien l'amour ? (2006 - Taormina)
15 - Sépulture (2007 - Charles et Léo)
16 - Tel est pris (2008 - Tristan)
17 - 16h00, qu'est-ce que tu fais ? (2009 - Le cours ordinaire des choses)
18 - Sans pitié pour le cheval (2011 - Grand lièvre)
19 - Le chat noir (2013 - Toboggan)
20 - Frelons d'Asie (ft. The Delano Orchestra) (2014 - Babel)

2 commentaires:

  1. J'ai laissé un petit mot chez Keith mais il n'y a pas de raison, ici aussi!!
    Belle inspiration pour ce texte mais c'est toujours un plaisir de te lire... et bon choix que Murat, sans doute un des artistes les plus importants à l'heure actuelle en France... que j'aime beaucoup aussi...

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    1. Merci beaucoup pour ton petit mot qui me fait chaud au coeur, chère Chris !
      Je me suis bien fendu la poire en écrivant ce texte et adoré croquer la pomme en compagnie de Lilith et de Murat. Dans une chanson française un peu trop moribonde, Murat est une gorgée d'eau-de-vie, une rose au milieu d'une boue qui ne cesse de s'accroître. Qu'il vive longtemps, ce cher troubadour électrique !

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